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Introduction : Bienvenue dans l’Ère du « Brainrot »

Avez-vous déjà eu cette étrange sensation en faisant défiler votre fil d’actualité, tombant sur une vidéo de têtes humaines sortant de toilettes dans Skibidi Toilet, ou sur des mèmes absurdes de la mouvance « Italian Brainrot », peuplés de personnages comme Tralalero Tralala, un requin en baskets, ou Bombardino Crocodilo, un crocodile militarisé ? Si c’est le cas, vous avez fait l’expérience de ce que l’on appelle la culture « brainrot » ou « pourriture cérébrale », un terme qui évoque un déclin cognitif face à un flux incessant de contenu trivial.

À première vue, il est facile de rejeter ce phénomène comme une simple distraction vide de sens. Cependant, en y regardant de plus près, cette culture est bien plus qu’un divertissement abrutissant. Elle fonctionne comme un miroir de notre société, révélant des vérités profondes sur notre rapport à la technologie, à l’économie et à la productivité. Loin d’être un bug, le « brainrot » est une caractéristique essentielle de notre écosystème numérique actuel, un résultat inévitable d’incitations économiques précises et de besoins psychologiques profonds. Cet article explore cinq leçons surprenantes que cette culture nous apprend sur notre époque.


1. La Peur est Ancienne, mais l’Usine est Nouvelle

La crainte que les nouveaux médias ne « pourrissent le cerveau » n’a rien de nouveau. En 1854 déjà, l’écrivain Henry David Thoreau utilisait l’expression « brain-rot » pour critiquer les idées simplistes qui appauvrissaient la pensée. Chaque nouvelle technologie, du roman populaire au cinéma, a suscité des angoisses similaires.

Ce qui distingue notre époque, c’est l’échelle industrielle du phénomène. La différence est celle qui sépare une plainte artisanale (Thoreau) d’une maladie industrielle. Nous sommes entrés dans l’ère de l’« économie du slop par IA », où l’intelligence artificielle générative a automatisé la production culturelle, provoquant l’effondrement de tout contrôle éditorial. Comme le formule le chercheur Eryk Salvaggio, « N’importe quelle information, en quantité suffisante, devient du bruit. Le “slop” par IA est un symptôme d’épuisement informationnel. »

Une étude de la plateforme Kapwing analysant les tendances de 2025 a révélé un chiffre stupéfiant : 54 % du contenu recommandé aux nouveaux utilisateurs sur YouTube Shorts a été identifié comme du « slop » généré par l’IA ou du « brainrot ». Ce n’est donc pas tant le contenu qui est inédit, mais la machine algorithmique qui le produit à une échelle jamais vue.


2. La « Pourriture Cérébrale » est un Business à Plusieurs Millions de Dollars

Loin d’être une simple tendance culturelle, le « brainrot » est une industrie extrêmement rentable. Le contenu qui semble le plus absurde peut générer des revenus astronomiques pour ceux qui savent manipuler les algorithmes des plateformes.

L’exemple le plus frappant est celui de la chaîne YouTube indienne « Bandar Apna Dost ». En publiant des clips répétitifs et de faible qualité, cette chaîne génère des revenus annuels estimés à 4,25 millions de dollars. Ce modèle ne se contente pas de récompenser le « slop » ; il le rend économiquement rationnel, transformant la créativité de haute qualité en un risque financier et le contenu de faible effort en un investissement sûr.

Cette incitation crée une « subvention au slop », où les algorithmes, conçus pour maximiser l’engagement, récompensent le volume plutôt que la qualité. Le « brainrot » n’est donc pas un simple choix des utilisateurs, mais une caractéristique structurelle de l’internet moderne.

Mais si l’incitation économique explique l’offre, qu’est-ce qui explique la demande ? La réponse est plus complexe qu’une simple dépendance passive…


3. C’est une Forme de Rébellion, pas seulement de Soumission

L’idée la plus répandue est que les consommateurs de « brainrot » sont des victimes passives. Pourtant, une analyse plus approfondie révèle une dynamique plus complexe. Certains chercheurs décrivent l’engagement dans le « brainrot » comme une forme de participation « axée sur la décompression ». Selon cette théorie, les jeunes consomment délibérément du contenu « non productif » comme une forme de résistance active contre la pression sociétale d’auto-optimisation et de productivité.

“Le ‘brain rot’ est conceptualisé comme un ensemble de pratiques connexes qui (1) sont enfantines ou peu sérieuses, (2) n’offrent aucun avantage cognitif ou développemental, et (3) sont délibérément non productives. De cette manière, il peut être compris comme un genre de participation axé sur la décompression, par lequel les jeunes résistent activement aux pressions de la productivité et de l’auto-optimisation.”

On assiste alors à un paradoxe fascinant : les utilisateurs résistent à l’injonction de productivité en consommant du contenu généré par un système, lui, optimisé pour une productivité maximale. C’est une rébellion menée depuis l’intérieur même de la machine économique qu’elle prétend fuir. Cette perspective transforme le « brainrot », le faisant passer d’un symptôme de décadence à un acte de défiance culturelle.


4. Elle Possède son Propre Langage et sa Propre Mythologie

Le « brainrot » n’est pas qu’un chaos aléatoire. Sous sa surface absurde se cache une sous-culture complexe, avec ses propres codes linguistiques et ses mythologies. D’un point de vue sociolinguistique, la Génération Alpha a développé son propre lexique. Une étude sur les commentaires YouTube a montré que des termes comme « Sigma » et « Rizz » représentent 35 % de l’argot utilisé, fonctionnant comme des marqueurs d’identité.

Au-delà du langage, le « brainrot » a engendré de véritables univers narratifs. Le phénomène du « Brainrot italien », par exemple, utilise l’IA générative pour créer un panthéon de personnages comme « Tralalero Tralala » (un requin en baskets) ou « Bombardino Crocodilo » (un crocodile militarisé). Ces personnages sont intégrés dans des récits créés par les fans, avec batailles et traditions. Cette créativité collective s’apparente à une forme de « dadaïsme numérique » ou à un folklore moderne, démontrant une surprenante capacité à construire des communautés à partir du non-sens.


5. Le « Grand Désabonnement » se Prépare

Alors que la culture « brainrot » atteint son apogée, les signes d’un retour de balancier se multiplient. Une lassitude généralisée envers le « slop » généré par l’IA pourrait préparer le terrain pour un changement culturel majeur dès 2026 : un « Grand Désabonnement » (Great Unfollowing).

Les prévisions indiquent un regain d’intérêt pour les médias longs, comme les livres et les articles de fond. On s’attend également à l’émergence d’une culture « performative hors ligne », où les rassemblements sans écran deviendront un nouveau symbole de statut social. Esthétiquement, une préférence pour le lo-fi et l’authentique pourrait supplanter le contenu trop lisse.

Ce changement sera soutenu par des évolutions réglementaires comme l’AI Act de l’Union Européenne, qui exigera d’ici août 2026 un étiquetage clair des contenus générés par l’IA, créant ainsi une nouvelle demande pour la « provenance numérique », c’est-à-dire la capacité de vérifier l’origine et l’authenticité humaines d’un contenu.

“Le ‘community maxxing’ sous forme de rencontres sans écran lors de soirées dansantes, de dîners, etc., deviendra la nouvelle esthétique ‘propre’ en réponse directe à la surveillance et à l’économie des influenceurs qui envahissent les espaces publics. Le performatif hors ligne est le nouveau performatif en ligne.”


Conclusion : Retrouver son Esprit à l’Ère du « Slop »

Le « brainrot » n’est donc pas une simple anomalie culturelle, mais le bruit de fond d’une société en pleine reconfiguration. C’est le langage d’une génération qui a hérité d’un internet où l’abondance a éclipsé l’authenticité, et dont la rébellion consiste à transformer le non-sens en un nouveau type de sens.

La question n’est pas de savoir si nous pouvons guérir de cette « pourriture », mais si nous pouvons comprendre ce qu’elle tente de nous dire sur le monde que nous avons construit. Que ferons-nous de notre attention reconquise ?

Les cinq leçons du « brainrot » nous rappellent que nos écosystèmes numériques ne sont pas neutres : ils façonnent nos comportements, nos économies et même nos formes de rébellion. Comprendre ces mécanismes est le premier pas vers la reconquête de notre autonomie cognitive dans un monde saturé d’information.